CÔTE À CÔTE

Traduit par Sharon H. Gutierrez.

Caroline Ouellette et Noémie Marin connaissent bien la compétition. À la fois athlètes et meilleures amies, elles poussent les limites l’une de l’autre et exigent l’excellence dès qu’elles arrivent sur la glace, fièrement vêtues du chandail tricolore des Canadiennes de Montréal.

« Il y a quelques filles dans l’équipe qui nous appellent « les grinchettes » », dit Marin. « On a l’air grincheux parce qu’on se concentre; on veut gagner. Pendant les entraînements, c’est la même chose. On adore l’intensité quand on s’entraîne. »

D’ailleurs, la profonde volonté de se dépasser et d’être victorieuse ont permis à Ouellette de se remettre au sport qu’elle aime de tout cœur après moins de deux mois suivants la naissance de son premier enfant. En effet, le 4 février, après avoir fourni cinq passes décisives au courant des quatre premières parties ayant suivi son retour, elle s’est retrouvée première de la liste des meneurs de la LCHF grâce à son 131e but en saison régulière pour Les Canadiennes lors de leur victoire par blanchissage, 6 à 0, contre les Blades de Boston.

Depuis quelque temps, Ouellette, médaillée d’or quatre fois aux Jeux olympiques, mène dans la ligue en tant qu’aides (184) et le nombre de points (315) dans la saison régulière. Elle était également classée à égalité au premier rang avec la légendaire Jayna Hefford, avec 130 buts en carrière.

Cependant, la toute dernière liste de records n’a pas duré longtemps. Marin, après une exceptionnelle saison 2017-2018 lors de laquelle elle a obtenu 31 points (17 B, 14 A) au courant de 26 parties, a fini par battre le record de Ouellette lors de la dernière partie de la saison régulière des Canadiennes à laquelle ces dernières ont remporté une victoire de 2-0 contre l’Inferno de Calgary. Cette partie a également marqué le moment où Marin est devenue la première joueuse de l’histoire des Canadiennes à avoir joué 200 parties.

« Ce n’est qu’à la toute fin que je me suis rendue compte que nos records étaient aussi serrés, » affirme Marin. « On n’y pensait pas vraiment. Je pense que les personnes autour de nous y prêtaient beaucoup plus attention. J’étais contente quand elle a battu le record puis on a célébré. Elle était aussi contente quand c’est arrivé à moi. Il n’y a jamais eu de compétition entre nous deux. »

Pour Marin, cet exploit témoigne de la complicité qu’elles ont développée en jouant sur la même ligne pour une bonne partie de leur carrière ainsi que de la manière dont elles se complètent depuis des années.

Leur amitié a commencé lorsqu’elles étaient colocataires et coéquipières dans l’équipe des Bulldogs de l’université Minnesota-Duluth. Qui plus est, leur réussite dans la LCHF fait suite à leurs exploits au niveau de la NCAA. En effet, Ouellette a dominé les Bulldogs avec ses 229 points (92 B, 137 A) en 97 parties. Elle a également été finaliste pour le trophée Patty Kazmaier Memorial en 2004 et en 2005. Puis, en 2009, elle a été élue dans l’équipe d’étoiles de la décennie de la WCHA (Western Collegiate Hockey Association).

Parallèlement, Marin s’est démarquée en accumulant 168 points (91 B, 77 A) en 126 parties, ce qui lui a donné une place parmi le top 10 des finalistes pour le trophée Patty Kazmaier Memorial en 2006 et en 2007. Par ailleurs, elle a également été nommée étudiante-athlète par excellence à la WCHA.

Bien que ce soit leur passion partagée pour le hockey qui a permis à ces joueuses hors-pair de tisser un lien fort, Ouellette et Marin se sont rencontrées au Québec sur le terrain de balle molle. À l’époque, elles représentaient l’Équipe Québec de balle molle aux niveaux midget (Marin) et junior (Ouellette) de Softball Québec.

« On s’affrontait à l’occasion pendant la saison lors de matchs hors-concours. Elle avait déjà un talent remarquable au softball pour son jeune âge », se remémore Ouellette. Elle ajoute que le talent et la rigueur professionnelle de Marin lui ont permis de représenter le Canada aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 en tant que membre de l’équipe canadienne de balle molle, laquelle s’est méritée une quatrième place.

Ouellette fait également les éloges des talents de Marin sur la glace.

« Son intelligence hockey ou hockey IQ est remarquable. Elle a aussi une habileté unique à marquer des buts. Ça provient de son désir de toujours travailler plus fort pour améliorer chaque facette de son jeu. Sa préparation pour chacun des matchs est aussi fantastique, c’est une vraie professionnelle », dit-elle.

Quant à Marin, elle a toujours considéré sa coéquipière, laquelle est 5 ans plus âgée, comme un modèle ainsi qu’une source d’inspiration pour son dévouement à l’entraînement et à la préparation.

« Elle a grandement influencé ma carrière d’athlète », dit Marin. « La façon dont elle s’entraîne, l’importance qu’elle accorde à la préparation, sans compter sa discipline et ses connaissances […]. Caroline a également été une influence dans ma vie personnelle. Elle est généreuse, notamment de son temps; elle tente d’être aussi disponible que possible, elle s’implique dans le milieu du hockey et elle m’a inspirée à faire de même. »

Ensemble, elles ont non seulement vu le hockey féminin prendre l’ampleur et la LCHF cheminer énormément depuis ses débuts en 2007, mais elles ont également remporté quatre Coupes Clarkson depuis lors (2009, 2011, 2012 et 2017).

« Tout s’est amélioré, mentionne Ouellette, en commençant par le merveilleux staff qui entoure notre équipe et qui nous permet de nous concentrer sur nos performances sur la glace. C’est aussi fantastique d’avoir pu atteindre le moment où les joueuses reçoivent une rémunération pour jouer au hockey. On y travaille et y rêve depuis le début. »

Marin ajoute que « On la vraiment plus facile. Est-ce qu’il y a encore de la place pour améliorer la ligue pour que ça soit encore plus professionnel, oui c’est sûr. Je pense qu’il va toujours y avoir de la place pour ça. […], mais la ligue a énormément progressé depuis ses débuts. Elle est beaucoup plus professionnelle. Il faut bien la traiter parce qu’on est chanceuse d’avoir ce que l’on a. »