Trois générations, une équipe

Il n’aura fallu qu’une partie pour que les Durdon deviennent des partisanes avides des Canadiennes de Montréal.

Montréal, QC (6 mars 2018) –– Tous les quatre ans, la montréalaise Lana Lloyd, 45 ans, écoute les Olympiques d’hiver en compagnie de sa famille. Depuis l’apparition du tournoi de hockey féminin, en 1998, elles se rassemblent pour regarder des légendes du hockey canadien, telles que Cassie Campbell, Jayna Hefford, et Caroline Ouellette, dans leur lutte pour remporter l’or.

« Les femmes peuvent jouer au hockey? C’est permis? », se rappelle Lana. « C’était une équipe hors de l’ordinaire, et je me rappelle m’être demandé ‘comment se sont-elles rendues jusque- là?’ »

Remontons la ligne du temps jusqu’en 2014-2015, pendant la saison de la LCHF (Ligue canadienne de hockey féminin). Lana et son mari assistent à la première partie des Canadiennes à l’aréna Étienne Desmarteau, l’ancien domicile de l’équipe. Impressionnée par la qualité et leur style sur la glace, Lana comprend alors où des olympiennes, comme Ouellette, peuvent développer leur talent et habiletés en préparation aux Olympiques.

Peu après avoir assisté à son premier match, elle invite sa grand-mère, Irene Durdon, 92 ans, et sa mère, Nancy Durdon, 67 ans, à regarder un match des Canadiennes.

Elles sont tout de suite totalement accrochées.

« Elle est tombée en amour », décrit Lana, en parlant de sa grand-mère. « Elle a tout de suite choisi Ann-Sophie Bettez et a dit ‘c’est ma joueuse.’ Elle a assisté à toutes les parties de l’équipe depuis. »

Ann-Sophie Bettez pose avec la famille Durdon après la finale de la Coupe Clarkson 2017. Crédit: Louis-Charles Dumais/LCHF.

Pour sa part, Nancy Durdon se rappelle avoir été assise dans la première rangée, juste à côté de l’ancienne joueuse des Canadiennes, co-fondatrice de la LCHF et assistante entraîneuse, Lisa-Marie Breton-Lebreux, qui était blessée à l’époque. Celle-ci accueille Nancy dans son monde, et elles discutent longuement de l’histoire de l’équipe, tout en gardant un œil alerte sur la partie, se rappelle Nancy.

« Je n’oublierai jamais comment elle m’a raconté l’histoire des Stars de Montréal, » dit-elle. « De l’entendre directement de la bouche d’une des cofondatrices m’a simplement fait tomber davantage en amour avec le hockey féminin, et avec notre équipe, Les Canadiennes. »

Le hockey a toujours été une histoire de famille pour les Durdon, partisanes endurcies des Canadiens de Montréal. Elles ont pu témoigner de plusieurs victoires de la coupe Stanley, à différents moments de l’histoire, de la dynastie des Canadiens de Montréal des années 1950, jusqu’à la dernière conquête de Habs en 1993.

Leur passion pour le hockey féminin reste toutefois récente. Même si l’histoire du hockey féminin remonte jusqu’à la fin du 19e siècle, ce sport est resté dans l’ombre de son équivalent masculin jusqu’aux Jeux olympiques d’hiver de 1998, à Nagano, Japon. C’est seulement à ce moment que le hockey féminin fut introduit sur la scène sportive.

Irene se rappelle de n’avoir aucunement entendu parler de hockey féminin dans les années 40 et 50. Même chose pour Nancy, cette fois dans les années 70 et 80. C’est seulement quand Lana, qui idolâtrait le légendaire gardien Ken Dryden, exprime le souhait de jouer au hockey pendant son enfance que l’idée même de femmes jouant au hockey fait son chemin dans les pensées de Nancy.

« Avec, Lana, même si elle ne pouvait pas jouer sur la patinoire avec les garçons, c’était la seule fille de la rue qui y jouait, et elle se plaçait dans les buts pour que les garçons puissent pratiquer », se rappelle Nancy.

Le fait est que les ligues organisées de hockey féminin dans les années 80 et 90 étaient non-existantes.

« Ce n’était que des garçons, » dit-elle. « Je n’ai jamais pu jouer parce qu’il n’y avait aucun endroit où j’aurais pu le faire. »

Les Jeux olympiques d’hiver de 1998 marquent donc un changement important pour le hockey féminin. Les opportunités pour que des jeunes filles et femmes y jouent se sont mises à augmenter, et Lana a pu joindre une ligue de hockey balle au début des années 2000. Depuis, elle défend vaillamment les buts avec sa mère et grand-mère comme fans #1.

Aujourd’hui, elles apprécient toutes les trois de voir ce sport monter en popularité chez les jeunes femmes. Aux matchs des Canadiennes, il est commun de voir une multitude de jeunes filles dans l’assistance, portant fièrement les couleurs de l’équipe, et faisant la file pour obtenir des autographes et la chance de rencontrer leurs idoles après les parties.

Depuis qu’elles suivent assidûment Les Canadiennes, Lana et sa famille ont également pu voir des changements rapides dans l’assistance.

« Quand j’ai commencé à venir aux matchs, il y avait peut-être 20 personnes dans la foule, et c’était surtout de la famille, » explique Lana. « Personne ne connaissait ça. Ces deux dernières années, sous mes yeux, la foule a simplement explosé, et j’adore pouvoir voir toutes ces filles, parce qu’à leur âge, il n’y avait aucune joueuse que je pouvais admirer. Alors, je vois ces filles et je vois qu’elles ont des modèles. J’adore faire partie de cela. »

La famille Durdon assiste régulièrement aux parties des Canadiennes à la maison, et est de fière détentrice de billets de saison. Leur passion pour l’équipe les a même amenées sur la route jusqu’à St-Georges de Beauce, QC, pour deux parties de saison régulière opposant Les Canadiennes au Blades de Boston la saison dernière. Elles se sont aussi déplacées jusqu’à Toronto pour le match des étoiles de la LCHF en 2016, et à Ottawa en 2016 et 2017 pour la finale de la Coupe Clarkson, où s’affrontaient Les Canadiennes et l’Inferno de Calgary.

« Quand la fin de semaine arrive et que les filles jouent en ville, nous savons que nous allons passer du temps ensemble à l’aréna. Tout cela nous a rapproché, » dit Lana.

Au centre du groupe se retrouve Irene Durnon. Elle est la colle qui réunit la famille, et la partisane des Canadiennes la plus facile à identifier. Perchée sur son siège au milieu de l’aréna Michel Normandin – le domicile de l’équipe pour la saison – Irene porte fièrement son chandail du « match en rose » des Canadiennes, à toutes les parties, se faisant saluer par les joueuses, bénévoles, employés, et les partisans. Lana se tient généralement debout à côté de sa grand-mère pendant les matchs, alors que Nancy s’assoit une rangée plus bas. Toutes trois regardent attentivement la partie, jamais très loin l’une de l’autre.

Toutefois, pour les Durdon, il ne s’agit pas seulement d’elles – c’est la communauté qui entoure les Canadiennes.

« Nous faisons attention aux autres comme ils le font pour nous », dit-elle. « Nous ressentons beaucoup d’énergie et d’excitation de leur part, et ils en reçoivent aussi de la nôtre. C’est réciproque. Nous ne sommes qu’un. Nous sommes une communauté. »